TEXTES

Juste un petit pas

Cette vie profonde qui descend lentement en elle même sans voir, sans savoir,
Comme l'eau des pluies vers la mer des mondes,
Cette attention innocente qui déchire en un seul instant mille vies de poussières,
Silencieuse et bienveillante, juste un regard nu et désarmé,
Immense et sans retour, juste un petit pas de renaissance,
Cette floraison de vie qui explore soudain et délaisse tous les chemins,
Et la merveilleuse extase des anémones du fond de l'âme.

 

D. Fleurantin

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Melphes

Je dévale de bonheur les chemins d'émeri, rebondis et épouse chaque roche dans l'élan de chaque tournant.
Les pins brulants fument l'air autour des pierres pensantes, là où la rocaille s'enverse en coulées de mitraille.
Un lacis du chemin se hausse, inquiet, et calme contemple les poulpes verts qui battent les bois.
Un instant j'éternise à la plus haute tour de cette muraille.
Les lézards en fusion s'éparpillent, mais curieux m'interpellent , " de quel droit, et pour combien de temps? comme vous êtes grand! " et pour leur plaire je leur laisse les mouches, et j'aime en regard les sentes, les pierres et le peuple des pins.
Au cœur immobile, le soleil chavire les spasmes de l'air, et les herbes assoupies gémissent de bien.
Puis la pente m'emporte, et je dévale ivre de joie les versants de ma terre.

 

D. Fleurantin

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Matin de verre

Un matin de verre caressé de lumière, l'air froid, la vie scintillante et le souffle lent des géants bienveillants. Sur cette branche, la simple beauté d'un oiseau, un instant, le ruisseau et le feu de nos vies éphémères, il y a quelque chose d'immense qui l'enveloppe, comme le creux de la main recueille l'eau des rochers, il y a quelque chose d'immense et de merveilleux.

 

D. Fleurantin

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Les reines blessées

L'eau s'incline sourde aux reines blessées quand la terre embrasse lente, les lèvres des herbes mouillées de sueur, ode brillante aux franges de perles bleues, les corps couchés de forêts et d'odeurs, les branches craquantes, les saints de lierre du bord du chemin frôlent les pieds du passeur, des mots brulés par les heures et le venin du serpent qui ne sait pas se taire, la rivière balbutie sur le sable déchiré des stances de lumière ... là, les bois décharnés et lisse des glaciers comptent les os du temps, doucement, elles avancent à petits pieds, poussant les pétales et le sang contre le verre à peine blanc, encore et longtemps, le sentier se glisse sous l'empreinte du marcheur.

 

D. Fleurantin

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Regrets

Ah se peut-il que là-bas au delà de la nuit
Plus loin que l'horizon par delà la vallée
Un pays clair survive et que le temps qui fuit
Y garde ma jeunesse et ma vie en allé

Se peut-il que là-bas aux pays qui m'ont plu
Le temps passe au delà de l'ombre languissante
Luise encore un soleil où je ne serais plus
Et bruler sa chaleur où ma vie est absente
Se peut-il qu'on y danse entre les arbres bleus
Aux doux bruits de la mer roulant ses coquillages

Beaux sourires d'accueil, gestes purs des adieux
Que tantôt le soleil venant vêtu d'aurore
D'une mort si profonde éblouisse mes yeux
Que votre souvenir à jamais s'évapore.

 

Henri FLEURANTIN 2011

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Le dernier qui passe

Dans cette merveilleuse monotonie des saisons qui passent, les arbres sont maintenant presque nus, beaucoup de branches brisées et chaque pas écrase d'autres brindilles. Debout sur ce tronc couché, on croit voir plus loin.

Les dernières feuilles de ronces sont encore rouges et plus loin aux endroits humides, nichées dans les longues herbes blondes, les grandes prêles délicates et fragiles apparaissent en grande beauté, blanchies par l'automne, au milieu d'elles un petit ruisseau coule tranquillement.

Bien que la neige soit déjà sur les crêtes, ce fond de vallée est protégé, bien exposé, et le soleil de cette fin d'après-midi réchauffe quelques insectes que l'on ne voit pas mais qui chantent doucement sur le talus du chemin.

La fraîcheur de l'air est chargée de l'odeur enivrante, un peu acide, de la terre et du tapis de feuilles chargé d'humidité.

Ces bois sont plein de paix, et les quelques animaux que les chasseurs ont épargnés y vivent dans le froid et la dignité, chaque jour, chaque nuit.

La marche libère l'esprit et les promeneurs que l'on rencontre ici partagent cette connivence par leur salut et leur sourire.

Plus tard, je suis retourné vers la maison, mais souvent au crépuscule, on ne peux se résoudre à rentrer à l'abri, la tendresse du soir est trop prégnante, même quand il fait froid. Je regarde l'air, l'horizon dans l'échancrure de la vallée et les dernières lumières de ces douces journées, je trouve quelque chose à faire dans le jardin ou bien je reste là, dans la rue vide, à me laisser caresser par ces instants entre le jour et la nuit, plein d'attente et de magie. Le dernier merle va se percher pour la nuit.

On dirait qu'il y a l'amour chaque soir qui attend et retient le dernier qui passe.

 

D. Fleurantin

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L'hésitation du soir

Ils arrivèrent alors sur ces immenses prairies dont les herbes hautes se couchent sous le vent. Certains s'arrêtèrent pour vivre ici éternellement, et d'autres, le cœur ivre de merveilles, marchèrent encore plus loin que l'horizon.

On dit que leurs enfants naviguent maintenant sur les grands océans et que parfois quelques uns de ces fils reviennent baiser ces terres bénies.

En cette fin de vie, peu avant le soir, le soleil nimbe d'or et d'argent tout ce vaste pays, et l'amour infini descend lentement vers la nuit.
Ils sont, ces êtres, un seul peuple, un seul monde, et pourtant, et pourtant regardes, il y a l'esprit du fleuve et il y a l'esprit du vent, et sur les plaines mouvantes passent sans fin l'esprit des grandes migrations, dans les herbes sèches chante l'esprit des petits insectes et les hautes forêts résonnent comme un temple.

La berge du lac épouse les roches bleues usées par le temps, quelques roseaux près du bord, et là, un pin à l'écorce noire se penche tendrement et abandonne son image au miroir de l'eau. Un petit oiseau se perche un instant, puis s'envole dans l'hésitation du soir...

Tout est déjà donné, depuis tant de milliers d'années, tout est déjà donné, tout est déjà en place, cette terre et toute ces merveilleuses vies, ces matins si neufs, et la lumière du soleil qui rassemble à chaque fois l'éclat et l'ombre sur chaque chose.

Assis les pieds dans la pente, je regarde les versants, les villages en bas, les forêts sombres et la grande rivière qui serpente.

 

D. Fleurantin

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Lézards

La marche se poursuit, c'est toujours le même chemin.
En amont les chênes tranquilles portent le ciel à bout de branches, leurs troncs aux profondes rides parlent de l'âge du temps et les ombres entrelacées de leurs ramures dessinent sur le sol l'éphémère persistance du présent.

Lent, las, le pas hésitant, la lumière l'émerveille, ce souffle tiède qui le surprend, le jeu des ombres dans les branches aux bordures d'or et d'argent, les troncs déchirés aux tabliers de mousse vert vivant.

La friche à repris une grande partie du versant, ces sous-bois veillent paisibles sur les ruines des anciennes terrasses vaincues, les murets délaissent lentement l'ordre et le maintien et se vautrent, abandonnant leurs pierres au hasard des pentes.

De petites choses ruminées par le temps et le flot des pluies soudaines, les petits transports des ruissellements de l'eau sur les bords du chemin amassent d'élégantes collections de feuilles froissées, de brindilles et de graines patientes.

La terre se transforme en lentes révolutions. Le jour s'enivre au creux de l'après-midi tandis que l'ombre changeante inquiète déjà les hautes herbes sages. Il y a des arbres chargés du cordage des clématites, leurs graines duveteuses accrochent une lumière diaphane sur les lianes dénudées.

Sur les talus ensoleillés, des lézards de lumière hésitent sur leurs doigts fins, en attente, puis un peu de crainte, un petit éclat qui bruit dans les feuilles et la poussière.

 

D. Fleurantin

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Métamorphoses

Ces sentiers trop fréquentés qui blessent la terre, chemins du désir et de la peur, et cette foule immense qui voudrait renaître... fatiguée, l'âme du monde s'appuie un instant sur ces êtres stupéfaits, le soleil est bas, rouge, puissant, plein de tendresse, trois grandes oies passent lentement.

Nous sommes arrivés ce matin et le sol et les pierres anciennes, ces grandes plaines desséchées, ce vaste monde merveilleux, et les nuages éternels qui renaissent à chaque instant de ces âges fabuleux.

Le cœur bouillonne de bonheur, l'impossible s'élève paisible en fumée, l'odeur de la mousse et de la pluie, la résine qui colle à la peau. La flamme souple brûle, longue, haute, toujours, un peu de poussière retombe lentement.

Et maintenant, les cercles des mondes se brisent et les horizons se chevauchent, et les êtres se taisent de terreur car c'est le temps de la métamorphose, aujourd'hui la terre s'enivre de colère et détruits ses enfants.
Il y a d'immenses troupeaux en feu qui courent entre les galaxies et... oh mon dieu, ils sont en nous, nous sommes dans la poussière des soleils qui meurent et renaissent, l'éclat d'un instant, sur le dos de l'immense, nous avançons dans l'inconnu. Nous sommes sur la peau du monde et au dessus de nous scintillent les étoiles incroyables.

Le sentier est petit, on passe seul, Il semble qu'au delà il n'y ait plus de chemin.
Vois, autour de nous se déploient d'autres terres, des plaines sans fin. Les cendres, la chaleur, encore marcher sur les herbes sèches et respirer l'odeur des terres sombres, l'enivrante tendresse du soleil et puis l'écume du bonheur.
Regardes, regardes dans ma main ces trois grains, ce sont les mêmes.
La main se pose sur le mur, dans la fissure des petits cailloux se sont rencontrés autour d'une goutte de rosée.

Sur le sol, des heures fanées dans la poussière, on marche sur les ombres et ils ne le savent pas, oh dieux, ils ne le savent même pas, ces enfants insouciants, qu'ils ne jouent déjà plus...

 

D. Fleurantin

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Enfants de maïs

Et puis de longues heures, la longue marche et le soleil qui brise la pierre, et la poussière des enfants qui s'enivrent de vent.

Ils marchent sur les plaines et enjambent les collines, et dorment les yeux ouverts, les mains tendues en avant. Ils sont de maintenant et songent et rêvent encore et tout le temps de chimères, de l'impossible, de l'éternel et du présent.

Regardez ces êtres qui changent la vie à chaque souffle, regardez les épouser le sable et l'eau des rivières, Ils mangent la terre et creusent le sol et le ciel et marchent sur l'horizon.
Peuple de brumes et de bronze, leurs enfants de maïs et d'argile vivent sur le bord du temps et poursuivent les dragons du présent.

Le soir, quand l'espace se déplie et caresse la nuit, là où les étoiles se penchent sur les veilleurs assis, les feux sont innombrables et les lentes fumées qui montent évoquent, paresseuses, la joie, la mort et de grandes nostalgies.
La brume blanche couvre les corps endormis, quelques heures, une nuit, on entend au loin les grandes roues des chariots du ciel partir pour demain. regarde, regarde, on aperçoit à travers les êtres et les horizons, on aperçoit les immenses oiseaux transparents qui accompagnent les nuages et le vent, regarde les passer, ivres de lumière, jouer entre les rayons des roues des grands chariots de sang.

 

D. Fleurantin

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Ces forêts qui marchent en nous

Ces forêts de pierres, d'eaux, de conifères et de bois debout, ces forêts de vie, ces forêts qui marchent en nous, le serpent du sentier se glisse sous nos pieds et les branches magiciennes distribuent les songes rouges et l'or de l'automne.

Ces feuilles sont la beauté, le chemin sans écailles et les petite pierres regardent sans oser cette vieille croix de bois oubliée.
Là, sous les longues herbes dorées, l'eau s'égoutte des tufs dans une rigole de mousse où grandissent les salamandres.

Sur les bords du chemin pourrissent les désirs et les craintes de l'été, les brindilles de colère, les petits fruits du bonheur et les grandes écorces qui tombent du matin.

C'est une terre noire d'odeur qui porte l'empreinte du marcheur, on avance éclaboussé de silence et de froid, les troncs se dressent sans cesse, surprenants, ouvrant des allées scintillantes armées de rochers. L'air chante quelques cris de mésanges puis retentit le cri rauque des grands corbeaux. Inlassablement, les forêts de conifères se hissent sur l'horizon, pèlerins de l'ombre vers le ciel. La terre épouse le soleil et tout s'enivre de tant de beauté.

Le chemin recommence, quelques chants paisibles montent lentement des herbes de soie.
Le grillon aiguise l'été et enseigne la torpeur, éclats de lumière, grandes gerbes d'or, il chante et tisse chaque pièce du présent.

Des petites bêtes se hâtent dans tous les coins, doucement, avec rudesse et transportent un peu de rien.

 

D. Fleurantin

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